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samedi 5 janvier 2013

A propos des vieux arbres, du bois mort et des insectes.

Très vieux chêne isolé.
Le même avec un indice de taille.
 
Les vieux arbres marquent les paysages, qu’ils soient saules têtards, trognes des bocages ou les témoins vénérables de plusieurs générations d’agriculteurs, au coin d’une ferme.
Leurs volumes, leurs silhouettes se gravent tels des repères, très vite familiers au regard et leur présence porte comme des souvenirs ou des échos lointains et profonds où le rassurant et l’inquiétant se mêlent.


Aspect du tronc d'un très vieux chêne.

Bosquet de chênes à différents stades de vieillissement.

 C’est que les arbres vétérans racontent beaucoup de notre Histoire, des traces des techniques de tailles anciennes, propres à chaque bocage, racontent les besoins des hommes en bois d’œuvre et de chauffe, l'emplacement des arbres de bornage renseignent des limites de telle ou telle parcelle et offrent parfois le spectacle rare d’arbres âgés de plus de 4 siècles, tels qu’ils n’existent (pratiquement) plus dans les forêts…


Très vieux chêne en pleine forme.

Ces arbres, qu’ils soient, malgré leur âge, en pleine santé, ayant encore possiblement des siècles devant eux, ou « déjà » sénescents, dévoilant par place leur architecture de bois sec, et même morts, toujours debout après des années ou fracassés au sol, ces arbres offrent un rapport au temps remarquable à nos esprits, peu habitués à une telle longévité... Qu'ont-ils vécu, ces monuments historiques vivants ?
Et comment présentaient-ils, ces vieux chênes qui ont donné les énormes poutres encore visibles des châteaux ou grosses demeures médiévales ? (Poutres sur lesquelles est parfois visible la galerie larvaire d'un Grand capricorne (Cerambyx cerdo) s'étant développé avant l'abattage de l'arbre et dont l'existence est donc antérieur à l'édification du bâtiment ...)


Cavité de chêne à carie rouge, milieu recherché par certaines espèces.
Cavité de tilleul à carie blanche, milieu recherché par certaines autres.


Très vieux chêne liège dans le massif des Maures (Var)

C'est que ces vieux arbres hébergent une biodiversité remarquable (mais méconnue), due aux multiples ressources offertes. Les cavités, hautes et basses, petites ou vastes, sèches ou humides, les divers champignons qui prospèrent sur le bois mort, ce même bois mort, selon son essence et son volume, toutes ces niches écologiques sont mises à profit par une foule d’organismes, accompagnant l’arbre de sa sénescence à sa mort.
Et même ainsi, encore debout avec son écorce ou au sol depuis longtemps, ce qui reste de l’arbre sera lentement ingéré, digéré, pour finalement retourner nourrir la terre.


Tronc d'un chêne mort depuis longtemps et toujours debout.

La préservation des vieux arbres et leur renouvellement dans le temps, comme l’abandon de forts volumes   de bois mort (non tronçonné) sur place sont donc des mesures efficaces pour préserver la biodiversité présente, à la fois peu onéreuses, simples et esthétiques.
Pour preuve, les Séries artistiques de la forêt de Fontainebleau créées et défendues par les peintres impressionnistes et l’école de Barbizon, au  XIXesiècle, sont devenues, en 1967, des réserves biologiques dirigées ou intégrales tant la biodiversité de ces parcelles est remarquable.


Vieux chêne mort fraîchement tombé au sol dans une ancienne chênaie, un milieu particulièrement riche, indispensable au cycle de certaines espèces exigeantes. Réserve Naturelle de Chérine (F. 36), vue du Bois de Las en mai.

Afin de se faire une idée de la différence, le volume de bois mort dans une forêt européenne de plaine gérée "classiquement", est de moins de 10 m3 de bois mort  sur pied ou au sol à l'hectare alors qu'elle est de plus de 142 m3 dans la réserve de la Tillaie  à Fontainebleau ... Il va sans dire que la biodiversité augmente en fonction de l'abondance des différents types de cavités proposés par les très vieux arbres et des gros volumes de bois mort de différentes essences, à différents stades de décomposition.
Car de très nombreuses espèces d’insectes sont absolument dépendantes des vieux arbres, et, très souvent, de leurs cavités, vous savez : ces trous que rajoutent les enfants sur leurs dessins d’arbres…


Un vieux chêne complètement creux mais plein de vie (s) à l'entrée d'un hameau.