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jeudi 23 janvier 2014

Quelques longicornes, quatrième partie : Aromia moschata, hylotrupes bajulus (le capricorne des charpentes ou des maisons), Ropalopus femoratus, Pyrrhidium sanguineum, Phymatodes testaceus, Poecilium pusilum, Xylotrechus rusticus, Xylotrechus arvicola, Xylotrechus antilope, X. stebbingi, Clytus arietis, Plagionotus arcuatus, P. detritus, P. floralis, Pseudosphegestes cinerea, Chlorophorus pilosus, C. varius, C. figuratus, C. sartor, C. ruficornis, C. trifasciatus, Anaglyptus mysticus.


Toujours dans la sous-famille des Cerambycinae, commençons cet article par un longicorne de belle taille, paré d'une livrée vert-cuivreux métallique et qui, au moins pour les mâles, sent bon, dégageant un arôme musqué des plus agréables et assez persistant pour lui valoir son nom : Aromia moschata.


Aromia moschata, une grande espèce (13-34 mm), unique en son genre en France, largement répandue, assez commune mais étonnement discrète.

Cette originale fréquente, de juin à septembre, les lieux humides, les bords des cours d'eau où vivent les saules dans lesquels se développe sa larve.


Un mâle (très longues antennes) dans une version particulièrement cuivreuse.

L'Aromia moschata est sans doute l'un des insectes de nos contrées les plus à même d'impressionner la mémoire de qui vient à le croiser sans précédemment en connaître l'existence. Il faut admettre que l'animal est superbe, tenez, regardez-le encore !

Aromia moschata, femelle d'une trentaine de millimètres (toujours sans les antennes !) 


Toilette sur fleur d'apiacée (Grande berce)



Aromia moschata, détail de la tête et du thorax.

Bon, ce n'est pas facile de passer après l'Aromia, surtout quand on est défavorablement connu des services concernés ...
Car le suivant est l'une des craintes des propriétaires de vieilles charpentes en résineux non traité où il peut effectivement être redoutable : Hylotrupes bajulus plus connu sous le nom de capricorne des charpentes ou des maisons. Commune partout dans les boisements de pins divers, cette espèce nocturne est active de juin à septembre. C'est donc sa larve qui, en consommant le bois sec de conifère (exclusivement), peut engendrer de gros dégâts aux constructions anciennes comprenant ce type bois d’œuvre. Ce même travail larvaire conduit, dans la nature, à une rapide décomposition des troncs secs de résineux morts sur pied.
Voici donc à quoi ressemble la bête :

Hylotrupes bajulus (7 -21 mm), dont la larve se nourrit de conifères morts et secs.


Le même, avec les caractéristiques de l'espèce bien visibles, à savoir les impressions lisses et luisantes sur un thorax (pronotum) aux côtés arrondis et poilus, plus la petite tache claire (qui peut manquer) composée de poils sur chaque élytre.

Un autre Hylotrupes bajulus, avec les taches blanches plus importantes.



Le même, plus de face.


Si l'insecte trouvé au grenier ou à l’intérieur d'une habitation ne ressemble pas strictement aux images ci-dessus,  c'est autre chose ; il n'est pas rare que des insectes s'aventurent dans des bâtiments et, ne pouvant pas en ressortir, y meurent. Un cas de figure fréquent est celui d'insectes issus d'un stock de bois de chauffage (donc en principe non résineux), qui peuvent être de différentes espèces de longicornes, ou d'autres familles, mais qui ne présentent aucun danger. Je précise ceci sachant que certains margoulins sont prêts à certifier que la petite bestiole qui vous inquiète est bel et bien un "capricorne des maisons" alors que ce n'est ni lui, ni un autre longicorne, et parfois même, pas un coléoptère. On en a vu tenter de valider un cloporte, qui est un crustacé, c'est dire ...

Le Ropalopus femoratus est, comme la plupart des longicornes de ce genre, peu commun. Sa larve se développe dans le bois de différents feuillus et l'adulte est actif de mai à juillet.


Ropalopus femoratus (8-13 mm), un longicorne largement réparti mais assez rarement vu.

Le Pyrrhidium sanguineum est recouvert d'une véritable toison rouge vif. C'est une espèce printanière commune et facilement visible sur les tas de bûches. Parfois aussi dans les maisons, les adultes émergent du bois de chauffe stocké et cherchent à sortir, attirés par la lumière des fenêtres.

Pyrrhidium sanguineum (6-15 mm)

Le même.


Les Phymatodes sont les suivants, dont le commun Phymatodes testaceus, également souvent importé dans les maisons avec le bois de chauffage. Cette espèce crépusculaire et nocturne est d'aspect variable, comme illustré ci-après.


Phymatodes testaceus (6 -18 mm) en version bicolore.


Un autre aspect de Phymatodes testaceus.


Le même, plus en détail. L'échancrure des élytres ici très marquée, est le plus souvent absente.




Un genre proche, les Poecilium, est représenté, entre autres, par le discret et précoce Poecilium pusilum, actif au début du printemps et dont la larve exploite le bois mort des petites branches bien exposées des chênes.


Poecilium pusilum, une espèce précoce d'assez petite taille (5-10 mm)
 


Xylotrechus rusticus est un habitué des peupliers morts ou dépérissants mais aussi de nombreux autres arbres feuillus. Les adultes, au camouflage efficace, sont actifs toute la belle saison.

Xylotrechus rusticus (9-20 mm), un longicorne discret mais commun.



Le même, de profil.

Comme chez certains Lepturinae (autre sous famille évoquée dans le chapitre précédent), les Xylotrechus et plusieurs autres genres proches miment, par l'aspect et le mouvement, l'allure de grandes guêpes, ce qui peut limiter les risques de mauvaises rencontres ...

Voici Xylotrechus arvicola, une espèce de taille très variable (8-20 mm) fréquentant les fleurs d'ombellifères, de mai à août.


Xylotrechus arvicola, également visible sur les bûches ou les troncs d'arbres blessés.


Portrait du même, avec sa carène frontale caractéristique.


Portrait d'un autre spécimen de X. arvicola.

Le Xylotrechus antilope est proche du précédent mais de taille plus modeste (7-14 mm) et doté de fascies jaunes plus fines.

Xylotrechus antilope, une espèce principalement liée aux chênes.
Une espèce invasive (venue d'Italie et de Grèce) aux mœurs crépusculaires, Xylotrechus stebbingi, est maintenant "naturalisée" dans les départements du sud de la France et vit aux dépends du mûrier ou de quelques autres arbres à croissance rapide comme le platane.


Xylotrechus stebbingi (15-20 mm), un nouveau longicorne pour la faune de France, signalé depuis 1993.


Portrait du même, avec la carène frontale caractéristique du genre.



Genre proche des Xylotrechus, les Clytus exploitent aussi la livrée aposématique et la démarche saccadée des grandes guêpes. L'espèce la plus commune, Clytus arietis (nom que certains entomologistes facétieux s'amusent à franciser) se différencie des autres par ses antennes rousses et noires et la tache humérale (proche de l"'épaule") perpendiculaire à l'axe des élytres.


Clytus arietis (6-15 mm), commun sur les petites branches mortes d'arbres feuillus.


Le même, de profil.

Les quatre autres espèces françaises de ce genre sont plus localisées et plus rares.


Les Plagionotus sont également adeptes du contraste "hyménoptérique" et peuvent être vus, la journée, sur les troncs d'arbres affaiblis ou abattus. Le plus commun d'entre-eux est le Plagionotus arcuatus, habitué des chênes mais aussi parfois présent sur d'autres essences feuillues.

Plagionotus arcuatus (8-20 mm), un longicorne actif de mai à août.

Les taches jaunes sont variables d'un individu à l'autre.
 
Plagionotus arcuatus, encore.

Toujours sur les chênes, mais un peu moins commun, le Plagionotus detritus est lui aussi largement répandu en Europe.


Plagionotus detritus (10-19 mm, bien évidemment sans les antennes)


La troisième espèce française, Plagionotus floralis, est assez rare dans l'ouest de l'Europe et n'est présente, en France, qu'en zone méditerranéenne et dans le sud du couloir rhodanien. Contrairement aux deux précédentes espèces dont les larves se nourrissent de bois mort, celle du P. floralis consomme des plantes herbacées (euphorbe, achillée ..), de plus, l'adulte, comme son nom l'indique, apprécie diverses inflorescences à la différence de ceux de P. arcuatus et P. detritus qui semblent insensibles à cette ressource.


Plagionotus floralis (6-20 mm), une espèce assez localisée.


Considérée comme rare, Pseudosphegesthes cinerea est une espèce liée aux vieilles chênaies claires mais qui peut aussi se développer sous l'écorce de peupliers âgés. L'adulte vole en juillet et août mais est difficilement visible.


Pseudosphegesthes cinerea (8-15 mm), une espèce exigeante des boisements feuillus anciens et ensoleillés.


Le même de profil.


Portrait de Pseudosphegesthes cinerea.


Les suivants sont les Chlorophorus, dont les adultes, diurnes, fréquentent de nombreuses fleurs.


Chlorophorus pilosus (9-18 mm), assez commun partout.


Un des plus communs, souvent sur les ombelles des apiacées et appréciant la chaleur, le Chlorophorus varius est visible de juin à septembre.


Chlorophorus varius (8-14 mm), en version assez grisâtre.


Chlorophorus varius à la livrée plus franchement jaune.

Le Chlorophorus figuratus est surtout présent dans la moitié Est du pays, fréquent sur diverses inflorescences.



Chlorophorus figuratus (6-13 mm)

Le Chlorophorus sartor est le plus petit du genre et est largement présent en France.


Chlorophorus sartor (5-9 mm), discrète espèce habituée des ombelles.


L'espèce suivante, Chlorophorus ruficornis, est assez peu commune et ne se rencontre que dans le sud du pays. Sa larve se développe dans le bois mort des branches de chêne.


Chlorophorus ruficornis (8-12 mm), parfois visible sur les fleurs de carottes.


Un peu plus de profil.

Détail du même.


Moins méditerranéen que l'espèce précédente, Chlorophorus trifasciatus est aussi un habitué des ombellifères, particulièrement des panicauts.

Chlorophorus trifasciatus (6-9 mm), ici sur une fleur de carotte.


Anaglyptus mysticus est une espèce plutôt forestière assez communément visible de mai à juin.

Anaglyptus mysticus (6-14 mm), dont la larve consomme le bois mort de nombreux feuillus.